KHALIL Kawtar
Je jetais un coup d’œil -pour la deuxième fois en une heure- sur le monde, à travers mon fils d’actualité. Il faut vraiment de tout pour le faire, ce monde. Des femmes aux foyers aux recettes réussies et aux compliments exagérés, une jeunesse un peu perdu entre des examens et des samedis soirs, des corrigés d’exercices et des nouvelles de meurtres, les derniers hits, quelques blagues dépassées qui font bizarrement rire tout le monde, l’expression de quelques âmes beaucoup trop sensibles au réel, et puis, enfin, des histoires. Mon œil se fixa sur ce groupe dont j’étais membre sans me rendre compte. Le principe était de reproduire une ambiance de bain maure sur Internet ; on racontait, en anonymat par contre, des histoires quelques fois heureuses, quelques fois tragiques. On demandait conseil et en recevait par centaine, on compatissait et appelait Dieu à pardonner, on jugeait.
Puis, à la fin de la lecture, en se rend compte qu’avec cette ambiance, même la sueur était au rendez-vous ; une chaleur de contes et d’émotions.
C’était là que je voulais m’arrêter et demander, ce qui faisait que le numérique soit plus ponctuelle que la psychiatrie, ou encore ce qui privilégiait cette sorte de thérapie moderne des autres moyens d’expression de soi. Les pinceaux étaient propres, les claviers usés. Le reflexe voudrait alors tout renvoyer au fait que la culture marocaine était plus orale qu’autre chose, la réflexion quant à elle me mène vers une autre question.
N’est-il pas là, question de jugement ? Après tout, il suffirait d’envoyer un message, de créer un faux compte, afin de s’exprimer « librement » à l’abri d’une société qui, visiblement, nous fait peur. Libre d’être, je dirai tout, de ma vie, de mes voisins, de mon gouvernement, de ma religion et de mes orientations. Ou sommes-nous simplement devenus un groupe de solitaires, chacun la tête baissée sur son téléphone lors une réunion de famille ?
Je souris, comme je sais si bien le faire, à l’idée qu’encore une fois, la solution nous vient d’ailleurs. La meilleure, ou est-ce la pire des nouvelles ? Face à une problématique d’identité d’un peuple tiraillé entre ici et là-bas, c’est vers Facebook qu’on se dirige.